
Le Moniage Guillaume. Chanson de geste du XIIe siècle, édition de la rédaction longue par Nelly Andrieux-Reix, traduction et notes par Magali Janet et François Suard, Paris, Honoré Champion, coll. « Classiques français du Moyen Âge », 2026.
Le Moniage Guillaume clôt le cycle des chansons de geste du cycle de Guillaume d’Orange, ce héros infatigable qui combat les Sarrasins pour servir Dieu et ses suzerains, Charlemagne puis Louis. Après la mort de son épouse Guibour, le héros, désireux de faire pénitence pour les fautes qu’il a commises au cours de sa vie chevaleresque, renonce au monde et décide d’entrer en religion. L’expérience monastique est un échec, du fait de la duplicité des moines ; il se tourne alors vers la vie érémitique. Par deux fois, il retrouve pourtant les périls et la grandeur du héros épique, combattant Synagon de Palerme qui l’a tenu dans sa prison pendant sept ans, puis assurant le salut du royaume et de la chrétienté en vainquant Ysoré à Paris. Le Moniage ne renonce donc pas à l’image guerrière de Guillaume, mais enrichit son personnage. Un accent nouveau est porté sur le caractère civilisateur du héros, tueur des brigands du Val de Sigré et de ceux qui s’en prennent aux ermites de Provence, vainqueur du géant qui veut lui interdire le lieu qu’il a choisi pour son ermitage, artisan du pont qui permettra aux pèlerins de Rocamadour ou de Saint-Jacques-de-Compostelle de franchir l’Hérault. Il apparaît aussi comme un sage, qui trouve dans l’arrachage des bonnes herbes de son jardin une expression métaphorique des erreurs du roi Louis écartant les bons conseillers au profit des mauvais. Sans que tout aspect comique disparaisse du texte, notamment avec la satire anti-monastique, la dimension religieuse prend ici, avec la conversion du héros au service de Dieu par la prière et le dénuement, une importance particulière. Et l’éloge de l’érémitisme consonne avec certaines préoccupations de la fin du XIIe siècle. Enfin l’histoire de l’évolution du héros vers la sainteté s’insère dans un cadre géographique d’une précision rarement égalée, dont le cœur est l’ancien monastère de Gellone, autrefois fondé par Guillaume de Toulouse, aujourd’hui Saint- Guilhem-le-Désert.
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Colloque « Paul Meyer constructeur »
Université de Genève, salle Phil 211 (22 Boulevard des Philosophes), 9h-17h30

Aujourd’hui encore, les travaux de Paul Meyer, un des fondateurs de l’étude scientifique des langues et littératures françaises et occitanes du Moyen Âge, à la fin du 19e siècle, jouent un rôle majeur dans les études médiévales. Cependant, on n’a de ces travaux qu’une vue dispersée, incomplète, et leur influence sur la vie scientifique du 21e siècle est souvent difficile à saisir complètement. Le colloque Paul Meyer constructeur veut examiner quelle est la part d’actualité de sa pensée aujourd’hui et dresser un tableau complet de ses travaux et de leur postérité dans la recherche.
Organisation et contact : Yan Greub (yan.greub@unige.ch), Richard Trachsler (rtrachsler@rom.uzh.ch) et Marco Veneziale (marco.veneziale@uzh.ch)
Retrouvez ici le programme du colloque et toutes les informations au lien suivant.

Journée d’étude organisée par Dominique Demartini (Sorbonne Nouvelle, CERAM/ EA 173), Claire Le Ninan (Sorbonne Nouvelle CERAM/ EA 173) et Gabriella Parussa (Sorbonne Université, STIH).
Sorbonne Université / Sorbonne nouvelle
20 mars 2026 – 28, rue Serpente, 75006 Paris
Présentation
« Cinq ou six strophes […] qui méritent de vivre », voilà ce qu’a retenu Lanson de la production poétique de Christine de Pizan. De peu de poids, mineur dans l’histoire de la littérature, le corpus lyrique de l’écrivaine l’est aussi au regard de la tradition médiévale où il est d’une part, disjoint de celui des trobairitz et des troverresses, d’autre part, occulté par ceux des poètes reconnus comme majeurs, pour ne citer que Guillaume de Machaut, Eustache Deschamps, Charles d’Orléans et François Villon. S’il subit en cela le sort réservé aux écrits de femmes, le corpus lyrique de Christine de Pizan se trouve paradoxalement minoré sous la plume même de l’écrivaine qui le présente volontiers comme une production légère, une œuvre de débutante, destinée à son propre passe-temps, ainsi qu’au divertissement des princes. Sur les pas de Boèce, elle délaisse les « Musetes des pouetes » pour se consacrer à une « plus haulte matiere », plus « pesans », qui lui inspire l’essentiel de son œuvre en prose. C’est cette œuvre « sérieuse », historique et politique, allégorique et philosophique, didactique, en guerre contre le Roman de la Rose et pour la défense des femmes, qui tend aujourd’hui à écraser de son poids la portée du corpus lyrique de l’écrivaine.
Au sein de ce dernier, seules semblent avoir mérité de vivre, les cinq ou six strophes de la onzième des Cent ballades. Seulettes elles-mêmes, elles campent la silhouette de la veuve dont elles constituent aujourd’hui la signature lyrique, condensant en « beaux élans d’affection émue » (Lanson), l’ensemble de son œuvre poétique. Or, cette œuvre est non seulement conséquente et régulière dans la production de Christine de Pizan, mais les remaniements successifs apportés par l’autrice prouvent le soin particulier qu’elle lui a accordé. En témoignent ses trois recueils. Si le public bénéficie tout récemment de deux éditions bilingues, les Cent ballades d’Amant et de Dame par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, et l’anthologie publiée par Sarah Delale et Lucien Dugaz, l’œuvre poétique de Christine n’est toujours pas éditée dans son ensemble, si ce n’est dans l’ancienne édition de Maurice Roy, encore moins traduite, peu exploitée par la critique, et peu connue du public.
L’objectif de cette journée est d’inviter à relire la lyrique de Christine de Pizan afin de réévaluer son poids, sa dimension et sa place, en la reliant à l’ensemble de son œuvre, ainsi qu’à l’ensemble de la tradition lyrique antérieure et postérieure. Relier ce corpus au reste de l’œuvre de l’écrivaine implique de s’intéresser à ses différents modes d’inscription et d’intégration dans une œuvre majoritairement en prose, et aux fonctions affectées au choix du vers. Les pièces insérées, les recueils, ne font-ils que reformuler sur le mode lyrique, compris comme second, les idées énoncées sur un mode majeur par la prose ? Leur revient-il de dire non seulement, autrement, mais autre chose ? Relier cette œuvre lyrique à la tradition médiévale permettra d’y répondre, en évaluant sa dette et son apport à la poésie qui la précède, entre esthétique de l’imitation, de la réplique, et réappropriation.
L’étude de la traduction manuscrite, de la langue, du style de Christine de Pizan (sa « forte forge ») ; la perspective du genre et l’appropriation de la lyrique courtoise pensée par et pour les hommes ; la spécificité des différentes formes lyriques insérées ou mises en recueil ; les stratégies d’écriture et de publication, sont autant d’axes qui pourront être envisagés.
Retrouvez ici le programme de la journée.