Zrinka Stahuljak, "Les fixeurs au Moyen Âge" (Collège de France, 1, 8, 15 et 22 juin 2018)

Par Patrick Moran, le 23 mai 2018

La professeure Zrinka Stahuljak (littérature médiévale et comparée, UCLA) donnera un séminaire sur "Les fixeurs au Moyen Âge" au Collège de France les 1er, 8, 15 et 22 juin 2018 (16h-17h30).

Depuis l’engagement occidental en Afghanistan et en Iraq, le terme de « fixeur » est devenu fréquent pour désigner, quasi exclusivement, des hommes qui rendent des services multiples aux journalistes et aux armées étrangères. Le fixeur est en réalité un très vieux terme journalistique qui désigne un homme à tout faire dans des situations de conflit : c’est celui qui fait interprète, informateur, guide, médiateur, fournisseur, chauffeur, en bref, tout ce qu’il faut à un journaliste, voire à un militaire, pour survivre et travailler en terrain hostile. C’est un intermédiaire, un facilitateur qui possède de multiples savoirs et techniques. Son principal domaine d’action se situe donc dans des situations de conflit qui exigent une intervention bilingue, entre deux langues mutuellement inintelligibles.

Le fixeur n’est pas pour autant une profession ou un métier mais une position très ancienne.

La première partie du séminaire portera sur une définition des fixeurs, théorique et historique. Comment se traduit le rôle qu’ont joué les fixeurs au Moyen Âge ? Qu’apporte l’analyse de cette position au domaine de la traduction et à la formation et la transmission des savoirs de l’époque ? À travers leur expérience historique de vie et de mort seront travaillées les notions d’éthique (une position sans code professionnel est-elle sujette à une éthique ?), de don et de contrat (leur travail relève-t-il d’une logique du marché, de l’économie d’échange ?), de courtoisie (que signifie le paiement de « courtoisie » effectué par les voyageurs au Moyen Orient ?) et de violence (le fixeur est à la fois instrument de conquête et traître). Si le fixeur s’avère être un personnage ambivalent (c’est celui qui assure notre sauvegarde mais dont on a peur), comment cette ambivalence s’exprime-t-elle au niveau d’un système, d’un réseau ?

Ces notions seront mises à l’épreuve dans la deuxième partie du séminaire, consacrée à la question, en apparence plus métaphorique, des « nations-fixeurs ». Qu’advient-il quand un régime politique se veut être fixeur, comme le duché de Bourgogne du XVe siècle ? Quels en étaient l’imaginaire et les effets ? À partir des inventaires des richissimes bibliothèques bourguignonnes sera proposée l’idée que les fictions politiques constituaient une archéologie du possible, celle-là même qui a ouvert la voie au grand empire transatlantique du XVIe siècle, celui de Charles V.

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