La professeure Zrinka Stahuljak (littérature médiévale et comparée, UCLA) donnera un séminaire sur "Les fixeurs au Moyen Âge" au Collège de France les 1er, 8, 15 et 22 juin 2018 (16h-17h30).

Depuis l’engagement occidental en Afghanistan et en Iraq, le terme de « fixeur » est devenu fréquent pour désigner, quasi exclusivement, des hommes qui rendent des services multiples aux journalistes et aux armées étrangères. Le fixeur est en réalité un très vieux terme journalistique qui désigne un homme à tout faire dans des situations de conflit : c’est celui qui fait interprète, informateur, guide, médiateur, fournisseur, chauffeur, en bref, tout ce qu’il faut à un journaliste, voire à un militaire, pour survivre et travailler en terrain hostile. C’est un intermédiaire, un facilitateur qui possède de multiples savoirs et techniques. Son principal domaine d’action se situe donc dans des situations de conflit qui exigent une intervention bilingue, entre deux langues mutuellement inintelligibles.

Le fixeur n’est pas pour autant une profession ou un métier mais une position très ancienne.

La première partie du séminaire portera sur une définition des fixeurs, théorique et historique. Comment se traduit le rôle qu’ont joué les fixeurs au Moyen Âge ? Qu’apporte l’analyse de cette position au domaine de la traduction et à la formation et la transmission des savoirs de l’époque ? À travers leur expérience historique de vie et de mort seront travaillées les notions d’éthique (une position sans code professionnel est-elle sujette à une éthique ?), de don et de contrat (leur travail relève-t-il d’une logique du marché, de l’économie d’échange ?), de courtoisie (que signifie le paiement de « courtoisie » effectué par les voyageurs au Moyen Orient ?) et de violence (le fixeur est à la fois instrument de conquête et traître). Si le fixeur s’avère être un personnage ambivalent (c’est celui qui assure notre sauvegarde mais dont on a peur), comment cette ambivalence s’exprime-t-elle au niveau d’un système, d’un réseau ?

Ces notions seront mises à l’épreuve dans la deuxième partie du séminaire, consacrée à la question, en apparence plus métaphorique, des « nations-fixeurs ». Qu’advient-il quand un régime politique se veut être fixeur, comme le duché de Bourgogne du XVe siècle ? Quels en étaient l’imaginaire et les effets ? À partir des inventaires des richissimes bibliothèques bourguignonnes sera proposée l’idée que les fictions politiques constituaient une archéologie du possible, celle-là même qui a ouvert la voie au grand empire transatlantique du XVIe siècle, celui de Charles V.

Genèses et filiations

En mêlant intimement sa vie et son œuvre, Christine de Pizan ne cesse de convoquer et d’inscrire dans ses textes sa propre filiation ; elle écrit tout en étant fille et mère. D’autres filiations, littéraires et fictionnelles, tendent à se superposer à cette filiation biologique : d’une œuvre à l’autre se construisent et s’inventent des processus de genèse et d’engendrement et, avec eux, d’autres mères et d’autres pères ; des alliances nouvelles, pour la veuve qu’elle est. On envisagera ces filiations réelles ou imaginaires, matrilinéaires ou patrilinéaires, et leurs arborescences. On se demandera ce qui les soude, lorsque ce n’est plus la chair qui les fonde, et pour quels enjeux idéologiques.

On interrogera également certaines contradictions apparentes : la valorisation de la virginité, de la chasteté, récurrente sous la plume de Christine de Pizan, et la nécessité du lignage ; la promotion de soi à laquelle l’auteure se livre et l’absence de revendications pour les « filles » auxquelles elle s’adresse.

Genèse et filiation sont aussi au cœur de la réflexion sur les textes eux-mêmes, sur leur mode d’engendrement et de transmission, à travers l’analyse des différentes rédactions d’auteure, et de la filiation de celles-ci aux copies tardives, jusqu’aux remaniements et aux traductions.
On pourra s’intéresser à la filiation entre le texte et les images dans les différentes copies de présentation, ou encore à leurs rapports avec les images des manuscrits tardifs.

Enfin, la question de la genèse et de la filiation peut suggérer des réflexions sur plusieurs niveaux de la langue, notamment la syntaxe (l’étude de l’engendrement des phrases) et le lexique (la filiation des néologismes du latin ou de l’italien au français).

Les langues du colloque seront le français, l’anglais et l’italien.
Chaque communication aura une durée de 20 minutes. L’organisation d’ateliers (regroupant jusqu’à 4 communications) et de tables rondes est encouragée.

Les propositions doivent parvenir au comité avant le 15 septembre 2018. Pour consulter l'appel à communications en français, cliquez sur ce lien ; pour le consulter en anglais, cliquez sur celui-ci.

Littérature, histoire : lectures médiévales croisées

            Les frontières entre la littérature et l’histoire sont poreuses au Moyen Âge, suscitant maints questionnements sur l’écriture de l’histoire : ceux que se posent aujourd’hui les médiévistes littéraires et historiens — entretenus et ravivés par la vogue des romans se colletant à l’histoire —, ceux que se posaient, plus ou moins diffusément, les médiévaux eux-mêmes. La nature des sources, textes « littéraires », archives et chartes, et le canevas du récit, ou sa poétique, induisent en effet le rapprochement des deux disciplines. Mais la littérature comme l’histoire supposent des méthodes d’approche fort différentes et parfois conflictuelles. L’historien s’approprie les textes littéraires pour aborder l’objet envisagé ; le littéraire s’efforce de débusquer une saisie du réel dans les textes où l’histoire côtoie la fiction, laquelle introduit toujours « un surcroît de rationalité » (Jacques Rancière, Les Bords de la fiction, 2017).

L’objectif de ces rencontres, conçues comme des ateliers, est de soumettre des textes médiévaux et des « genres » circonscrits à la double lecture d’historiens et de littéraires, afin de mettre en évidence la singularité, mais aussi la nécessaire complémentarité des deux disciplines.

Vendredi 18 mai 2018 :

Pierre CHASTANG (Versailles Saint Quentin en Yvelines), Éléonore ANDRIEU (Université de Toulouse le Mirail) : « Autour de Guilhem/Guillaume d'Orange : écritures, textes, documents »

Contacts

Etienne Anheim : etienne.anheim@ehess.fr

Catherine Croizy-Naquet : catherine.naquet@gmail.com

Michelle Szkilnik :mszkilnik@numericable.fr

Les rencontres se tiendront de 13h à 16h, à la Sorbonne,

salle de l’École doctorale de Littérature française et comparée

(salle Max Milner)

escalier C, 2e étage, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris

http://www.univ-paris3.fr/cema

Pour consulter le programme de ce colloque, cliquez sur ce lien.

En ouverture des commémorations des 500 ans de la Réforme, le colloque La Réforme en spectacles, théâtre et protestantisme en Normandie et en Europe au XVIe siècle a pour objectif de mettre au jour les interactions peu connues entre débats religieux et développement des arts de la scène.

La Réforme a bouleversé la vie de l’Europe au XVIe siècle, incitant les citoyens à soutenir ou bien à combattre la nouvelle religion. La Normandie, terre de protestantisme, s’est alors imposée comme une interface majeure entre les pays germaniques, l’Angleterre, la Suisse et les Pays-Bas. Or la région était aussi l’un des principaux centres du théâtre en français. Le protestantisme a suscité en Normandie, comme dans le reste de l'Europe, des débats dont l’intensité et la violence ont transformé le théâtre, qui était alors le media à l’audience la plus large.

Le château de Cerisy accueillera, aux côtés du colloque scientifique international, une résidence-création dirigée par le metteur en scène Michel Cerda et consacrée aux pièces pro- et anti-protestantes du XVIe siècle. Le public est également invité à participer à une exposition-performance sur le théâtre à Rouen, conçue en partenariat avec les collégiens de Cerisy, et à des débats qui questionneront les rapports entre spectacle et scandale, et le rôle des arts face aux mutations religieuses de nos sociétés.

La Réforme en spectacles est une manifestation organisée par l'UGA (UMR Litt&Arts), l'Université Paris Nanterre (HAR), l'Université de Caen (LASLAR, MRSH, OUEN), l'Université de Rennes (CELLAM) et l'Institut universitaire de France.

Pour consulter le flyer de ce colloque, cliquez sur ce lien.

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