
André le Chapelain, De amore. De l'amour, introduction, édition et traduction de Pascale Bourgain, Genève, Droz, coll. « Texte courant », 2026.
Mi-intéressé, mi-narquois, le chapelain de la comtesse Marie de Champagne observe les manèges de la cour comtale et le savoir-vivre amoureux qui s’y installe à la fin du XIIe siècle. Il fait mine d’entrer dans le jeu et de le réguler de tout son savoir-faire de clerc, qui prétend tantôt maîtriser la courtoisie à la mode et tantôt prendre ses distances. Il en résulte un savoureux mélange de pastiches, inspirés d’Ovide ou de la littérature vernaculaire allégorique et arthurienne, et de dialogues supposés enseigner l’art rhétorique de la séduction par la parole. L’ouvrage ouvre des aperçus sur le raffinement civilisateur que les grandes dames tentent alors d’instaurer dans les rapports sociaux et amoureux. Une édition légèrement remaniée d’après les témoins manuscrits est accompagnée ici d’une traduction qui cherche à rendre l’aspect à la fois compassé et neuf de cet art d’aimer, moins lié à la littérature courtoise qu’on ne l’a cru parfois.
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Le Moniage Guillaume. Chanson de geste du XIIe siècle, édition de la rédaction longue par Nelly Andrieux-Reix, traduction et notes par Magali Janet et François Suard, Paris, Honoré Champion, coll. « Classiques français du Moyen Âge », 2026.
Le Moniage Guillaume clôt le cycle des chansons de geste du cycle de Guillaume d’Orange, ce héros infatigable qui combat les Sarrasins pour servir Dieu et ses suzerains, Charlemagne puis Louis. Après la mort de son épouse Guibour, le héros, désireux de faire pénitence pour les fautes qu’il a commises au cours de sa vie chevaleresque, renonce au monde et décide d’entrer en religion. L’expérience monastique est un échec, du fait de la duplicité des moines ; il se tourne alors vers la vie érémitique. Par deux fois, il retrouve pourtant les périls et la grandeur du héros épique, combattant Synagon de Palerme qui l’a tenu dans sa prison pendant sept ans, puis assurant le salut du royaume et de la chrétienté en vainquant Ysoré à Paris. Le Moniage ne renonce donc pas à l’image guerrière de Guillaume, mais enrichit son personnage. Un accent nouveau est porté sur le caractère civilisateur du héros, tueur des brigands du Val de Sigré et de ceux qui s’en prennent aux ermites de Provence, vainqueur du géant qui veut lui interdire le lieu qu’il a choisi pour son ermitage, artisan du pont qui permettra aux pèlerins de Rocamadour ou de Saint-Jacques-de-Compostelle de franchir l’Hérault. Il apparaît aussi comme un sage, qui trouve dans l’arrachage des bonnes herbes de son jardin une expression métaphorique des erreurs du roi Louis écartant les bons conseillers au profit des mauvais. Sans que tout aspect comique disparaisse du texte, notamment avec la satire anti-monastique, la dimension religieuse prend ici, avec la conversion du héros au service de Dieu par la prière et le dénuement, une importance particulière. Et l’éloge de l’érémitisme consonne avec certaines préoccupations de la fin du XIIe siècle. Enfin l’histoire de l’évolution du héros vers la sainteté s’insère dans un cadre géographique d’une précision rarement égalée, dont le cœur est l’ancien monastère de Gellone, autrefois fondé par Guillaume de Toulouse, aujourd’hui Saint- Guilhem-le-Désert.
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Montpellier et Paris cités savantes. Jubilé des 150 ans de la Revue des langues romanes et de Romania, édité par Gilda Caiti-Russo, Valérie Fasseur, Sandrine Hériché-Pradeau, Sylvie Lefèvre, Catherine Nicolas et Jean-René Valette, Genève, Droz, 2026.

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Littérature et pensée scolastique (XIIIe-XVe siècle), sous la direction de Valérie Fasseur et Jean-René Valette, Paris, Beauchesne, « Théologie historique », 2026.

Scolastique : dérisoire ou sérieuse ? Savante ou bornée ? Ratiocination ou perfection rationnelle de l’investigation universelle ? Virtuosité intellectuelle ou fi gement formel ? Peu de mots, assurément, résonnent de manière aussi contradictoire dans notre chambre cognitive.
Faut-il s’en étonner ? La scolastique, avec le Sic et non d’Abélard au xiie siècle, se construit sur l’exploration inextinguible de la contradiction. Elle progresse vers la vérité grâce au kaléidoscope des possibles logiques. En son âge d’or, du xiiie au xve siècle, auxquels est consacré ce volume, elle ne structure pas seulement la pensée des intellectuels. Imprimant sa forme et ses processus heuristiques à la littérature – latine ou romane – qu’elle érige en son extension, elle trouve en celle-ci non seulement un réceptacle et un lieu de diff usion, mais un révélateur. Codifi ée mais libre comme une forme fixe, elle est littérature à part entière, partageant avec elle les ambitions et les modalités protéiformes d’une architectonique savante dévouée à l’éveil de l’esprit.
Les vingt-quatre contributions ici réunies sondent la manière dont la littérature médiévale, tirant parti de sa propre diversité, sérieuse, comique, savante, ambiguë ou critique, s’est emparée de la scolastique pour faire d’un phénomène social qui aurait pu devenir un puissant outil de contrôle, un formidable moteur d’émancipation individuelle.
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Anthologie des Rhétoriqueurs, sous la direction d'Ellen Delvallée et Estelle Doudet, avec les contributions de François Cornilliat, Nathalie Dauvois, Adeline Desbois-Ientile, Philippe Frieden, Sandra Provini et de Natalia Bercea-Bocskai, Lucien Dugaz et Benedetta Salvati, Paris, Classiques Garnier, 2026.

Depuis la parution de l’Anthologie des Grands Rhétoriqueurs de P. Zumthor il y a près d’un demi-siècle, aucun travail d’envergure n’avait donné accès de manière globale aux oeuvres originales de ces poètes, chroniqueurs et dramaturges qui ont dominé le champ littéraire d’expression française des années 1450 à 1530.
Doté d’une introduction à jour sur l’état de la recherche et de différents outils de travail, ce livre, entièrement téléchargeable gratuitement, propose de redécouvrir une trentaine d’écrivains de France, Bourgogne, Bretagne, Savoie ainsi que leurs relations avec l’humanisme et l'Italie, via l’édition et le commentaire de 76 extraits et pièces intégrales.
Annonce par Estelle Doudet (UNIL)
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